Un commercial prend sa voiture personnelle pour aller voir un client à 120 km. Vous le remboursez. Sur quelle base, à quel tarif, et avec quel risque si l’URSSAF passe dans trois ans ? Le barème kilométrique 2026 n’a pas bougé d’un centime, mais les règles qui l’entourent restent une source d’erreurs tenace dans les entreprises. Tarifs applicables, méthode de calcul, majoration électrique, règle des 40 km : voici le point complet.
En Bref
- L’IK rembourse un salarié qui roule pour l’entreprise avec sa voiture personnelle.
- Barème 2026 inchangé. Dernière revalorisation en 2023 (+5,4 %).
- Trois critères : type de véhicule, puissance fiscale (case P.6), kilomètres pro de l’année.
- Véhicule 100 % électrique : majoration de 20 %.
- Le barème couvre carburant, assurance, entretien, pneus et dépréciation.
- Péages et stationnement : remboursés en plus, sur justificatifs.
- Exonération de cotisations dans la limite du barème, justificatifs à l’appui.
- Entre 15 000 et 20 000 km pro par an, un véhicule dédié devient moins cher
Indemnité kilométrique : de quoi parle-t-on en 2026 ?
Derrière une même expression se cachent deux mécanismes que les entreprises mélangent régulièrement.
Le premier est fiscal. Un salarié qui renonce à l’abattement forfaitaire de 10 % et opte pour les frais réels utilise le barème kilométrique pour chiffrer ses déplacements professionnels dans sa déclaration de revenus. Attention au décalage : la déclaration déposée en 2026 porte sur les kilomètres parcourus en 2025.
Le second est social. Vous, employeur, versez une allocation forfaitaire à un collaborateur qui utilise sa propre voiture pour une mission. Cette allocation échappe aux cotisations sociales tant qu’elle reste dans la limite du barème fiscal. C’est ce second usage qui intéresse directement un gestionnaire de flotte, parce qu’il touche à la fois la paie, le budget mobilité et le périmètre du parc.
Les deux s’appuient sur le même tableau de chiffres, issu de l’arrêté du 27 mars 2023 pris pour l’application de l’article 83-3° du CGI. Mais ils ne répondent pas aux mêmes questions et ne se cumulent pas librement.
Un troisième barème existe : le barème carburant. Il ne couvre que l’énergie, les autres charges restant déductibles sur justificatifs. Il vise surtout les entrepreneurs individuels en BIC avec comptabilité super-simplifiée. Pour une flotte d’entreprise, il sert rarement.
Qui peut percevoir des indemnités kilométriques ?
Le dispositif ne s’adresse pas à tout le monde. Trois profils principaux :
- Le salarié contraint d’utiliser son véhicule personnel pour un déplacement professionnel. La contrainte compte : si l’entreprise met un véhicule à disposition et que le collaborateur choisit malgré tout sa voiture par confort, l’exonération devient fragile.
- Le dirigeant assimilé salarié ou le gérant relevant de l’article 62 du CGI, pour ses déplacements professionnels hors trajets domicile-travail.
- L’indépendant en BNC au régime de la déclaration contrôlée, qui opte pour le barème plutôt que pour ses charges réelles.
Le micro-entrepreneur est exclu du dispositif : son abattement forfaitaire couvre déjà l’ensemble de ses charges, kilomètres compris.
Point souvent oublié côté flotte : un collaborateur qui dispose déjà d’un véhicule de fonction ou d’un véhicule de service ne peut pas percevoir d’IK pour ce même véhicule. Les IK ne concernent que le véhicule personnel.
Barème kilométrique 2026 : les tarifs applicables
Les barèmes ne sont pas revalorisés cette année. Comme le rappelle Service-Public, leur dernière hausse date de 2023, à hauteur de 5,4 %. Depuis, l’inflation a continué et les montants n’ont pas suivi.
Dans les formules ci-dessous, d correspond à la distance parcourue à titre professionnel dans l’année, en kilomètres.
Barème automobiles
| Puissance fiscale | Jusqu’à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
| 3 CV et moins | d × 0,529 | (d × 0,316) + 1 065 | d × 0,370 |
| 4 CV | d × 0,606 | (d × 0,340) + 1 330 | d × 0,407 |
| 5 CV | d × 0,636 | (d × 0,357) + 1 395 | d × 0,427 |
| 6 CV | d × 0,665 | (d × 0,374) + 1 457 | d × 0,447 |
| 7 CV et plus | d × 0,697 | (d × 0,394) + 1 515 | d × 0,470 |
Barème motocyclettes (cylindrée supérieure à 50 cm³)
| Puissance fiscale | Jusqu’à 3 000 km | De 3 001 à 6 000 km | Au-delà de 6 000 km |
| 1 ou 2 CV | d × 0,395 | (d × 0,099) + 891 | d × 0,248 |
| 3 à 5 CV | d × 0,468 | (d × 0,082) + 1 158 | d × 0,275 |
| Plus de 5 CV | d × 0,606 | (d × 0,079) + 1 583 | d × 0,343 |
Barème cyclomoteurs (cylindrée inférieure ou égale à 50 cm³)
| Kilométrage parcouru | Jusqu’à 3 000 km | De 3 001 à 6 000 km | Au-delà de 6 000 km |
| Montant des IK | d × 0,315 | (d × 0,079) + 711 | d × 0,198 |
Un scooter de 125 cm³ n’est donc pas un cyclomoteur au sens du barème : c’est une motocyclette. La frontière se joue à 50 cm³ et 45 km/h.
Véhicules électriques : la majoration de 20 %
Vous calculez d’abord le montant avec le barème classique, puis vous appliquez une majoration de 20 %. La règle vaut pour les voitures comme pour les deux-roues, et elle est réservée aux véhicules 100 % électriques. Un hybride rechargeable reste sur le barème standard.
Le tarif applicable et les tranches restent consultables sur la page barème de l’URSSAF, mise à jour à chaque évolution.
Conseil Winflotte
La puissance fiscale se lit case P.6 de la carte grise, pas dans la fiche commerciale du modèle. Deux finitions d’un même véhicule peuvent basculer de 5 à 6 CV, soit près de 30 € d’écart sur 1 000 km. Et le barème s’arrête à 7 CV : un véhicule de 11 CV se calcule avec la ligne “7 CV et plus” du barème automobile.
Comment calculer une indemnité kilométrique
Le calcul repose sur quatre éléments :
- la nature du véhicule,
- sa puissance fiscale,
- le nombre de kilomètres professionnels sur l’année,
- et le caractère électrique ou non du véhicule.
On raisonne véhicule par véhicule dans un premier temps. Si un collaborateur utilise deux voitures dans l’année, on ne totalise pas les kilomètres pour appliquer une seule formule. On calcule séparément.
Ensuite, la tranche se détermine sur le cumul annuel, pas sur chaque trajet. Un déplacement de 300 km en janvier ne se calcule pas isolément : il alimente un compteur annuel qui décidera de la formule applicable.
Exemple 1 : Voiture 5 CV, 4 000 km professionnels → La distance reste sous 5 000 km, donc formule d × 0,636. 4 000 × 0,636 = 2 544 €
Exemple 2 : Voiture 6 CV, 18 000 km professionnels → On est dans la tranche intermédiaire, donc (d × 0,374) + 1 457. (18 000 × 0,374) + 1 457 = 6 732 + 1 457 = 8 189 €
Exemple 3 : Voiture 5 CV électrique, 4 000 km professionnels → Calcul classique puis majoration. 4 000 × 0,636 = 2 544 € → 2 544 × 1,20 = 3 052,80 €
Ce que le barème couvre, et ce qu'il ne couvre pas
C’est l’erreur la plus coûteuse en cas de contrôle : rembourser au barème, puis rembourser en plus des dépenses que le barème intègre déjà.
Couvert par le barème | Remboursable en plus (sur justificatifs) |
Carburant ou électricité | Péages |
Assurance du véhicule | Frais de stationnement et parking |
Entretien et réparations | Intérêts d’emprunt, au prorata de l’usage professionnel |
Pneumatiques | |
Dépréciation du véhicule | |
Équipements de protection (deux-roues) |
Si le véhicule est loué, le loyer est réputé couvert par le barème. Il ne se déduit pas en supplément.
Trajets domicile-lieu de travail : la règle des 40 km
Sur le plan fiscal, le trajet entre le domicile et le lieu de travail est pris en compte dans la limite de 40 km dans un sens, soit 80 km aller-retour. Au-delà, la déduction se limite en principe aux 40 premiers kilomètres.
L’administration fiscale admet des exceptions, à condition de les justifier par une note explicative jointe à la déclaration : difficulté à retrouver un emploi près du domicile, précarité de l’emploi, activité du conjoint à proximité du domicile commun, mutation géographique, ou état de santé.
Attention à ne pas confondre deux choses. Cette règle relève de la déclaration de revenus du salarié. Côté employeur, les trajets domicile-travail obéissent à une logique complètement différente, celle du forfait mobilités durables et de la prise en charge des transports publics.
IK, forfait mobilités durables, prime carburant : ne pas confondre
Trois dispositifs, trois périmètres. Les mélanger produit des erreurs de paie et des redressements.
Dispositif | Ce qu’il couvre | Plafond d’exonération |
Indemnités kilométriques | Déplacements professionnels avec véhicule personnel | Limite du barème fiscal |
Forfait mobilités durables (FMD) | Trajets domicile-travail en vélo, covoiturage, EDP, autopartage | 600 €/an et par salarié, porté à 900 € en cumul avec la prise en charge des transports publics |
Prime carburant | Trajets domicile-travail avec véhicule personnel, salariés contraints | 300 €/an maximum, dans une limite globale de 600 € avec le FMD |
Le cumul FMD et IK reste possible dans un cas précis : le conducteur en covoiturage, et dans la limite des frais réellement engagés pour ses trajets domicile-travail. L’URSSAF détaille les règles de cumul et de déduction sur sa page frais professionnels.
Une dernière subtilité : le FMD n’est pas cumulable avec la déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels.
Exonération de cotisations : ce qu'il faut pouvoir prouver
Respecter le barème ne suffit pas. L’exonération suppose de justifier :
- le moyen de transport réellement utilisé par le salarié ;
- la puissance fiscale du véhicule ;
- la distance entre le domicile et le lieu de travail, le cas échéant ;
- le nombre de trajets effectués chaque mois ;
- une attestation du salarié certifiant qu’il ne transporte aucun autre collaborateur bénéficiant des mêmes indemnités.
En pratique, ce sont les justificatifs qui font défaut, pas les calculs. Une note de frais mensuelle sans date, sans motif et sans point de départ ne suffira pas en cas de contrôle.
Conseil Winflotte
Faites tenir un carnet de bord à vos collaborateurs concernés : date, motif du déplacement, point de départ, point d’arrivée, distance. Conservez ces éléments trois ans minimum. C’est la même durée que celle attendue pour les justificatifs du forfait mobilités durables, autant aligner vos process.
Indemnité kilométrique ou véhicule de service : où est le point de bascule ?
Les IK ont une réputation d’économie. Pas de loyer, pas de TCO à piloter, pas d’avantage en nature à déclarer.
Regardez ce que produit le barème d’une voiture 5 CV selon le kilométrage annuel :
Km professionnels/an | Montant des IK | Coût moyen au km |
5 000 km | 3 180 € | 0,636 € |
10 000 km | 4 965 € | 0,497 € |
15 000 km | 6 750 € | 0,450 € |
20 000 km | 8 535 € | 0,427 € |
25 000 km | 10 675 € | 0,427 € |
30 000 km | 12 810 € | 0,427 € |
À 5 000 km par an, verser des indemnités kilométriques coûte 3 180 € : aucun véhicule dédié ne se justifie à ce niveau. À 25 000 km, la facture monte à 10 675 € par collaborateur et par an. Un montant déductible et exonéré de cotisations, mais qui n’achète ni actif, ni maîtrise de l’état du véhicule qui roule pour votre compte.
En face, un véhicule dédié en location longue durée sur une compacte 5 CV représente un loyer de l’ordre de 450 € par mois, auquel s’ajoutent 2 200 € de carburant pour 25 000 km. Soit 7 600 € en apparence seulement. L’assurance, l’entretien et les pneumatiques, les taxes annuelles sur l’affectation des véhicules et la gestion de flotte s’empilent sur ce socle : le coût complet de détention s’établit en réalité entre 12 000 et 15 000 € par an. L’arbitrage bascule donc plus tard qu’on ne le croit. À 25 000 km, l’indemnisation reste la solution la moins coûteuse ; le croisement se situe plutôt autour de 30 000 km professionnels par an, et peut atteindre 40 000 km si votre TCO tend vers la fourchette haute. Ces montants sont indicatifs et dépendent du segment retenu comme de vos conditions de négociation.
Le calcul économique n’est d’ailleurs pas le seul argument, et ce n’est même pas le principal. Une flotte grise, c’est des véhicules dont vous ne connaissez ni l’entretien, ni l’usure des pneumatiques, ni la date du dernier contrôle technique, alors que votre responsabilité d’employeur en matière de risque routier, elle, reste entière. Ce que vous économisez en indemnités kilométriques, vous le payez en angle mort. Un point qu’une car policy sérieuse doit trancher explicitement.
Astuce Winflotte
Avant d’arbitrer, sortez les indemnités kilométriques versées sur les douze derniers mois et triez-les par collaborateur. Les profils qui dépassent 15 000 km apparaissent immédiatement. Pour les usages ponctuels ou saisonniers, une location moyenne durée coûte souvent moins cher que douze mois d’IK et vous rend la maîtrise du véhicule.
Piloter les indemnités kilométriques comme une ligne de coût de votre flotte
Dans la plupart des entreprises, les indemnités kilométriques sont suivies dans un fichier de notes de frais, quelque part entre la comptabilité et les ressources humaines. Le gestionnaire de flotte, lui, ne les voit jamais.
Une indemnité kilométrique reste une dépense de mobilité. Tant qu’elle n’est rattachée ni à un collaborateur ni à une imputation, vous pilotez un budget mobilité amputé d’une partie de son périmètre, et vous comparez des coûts de parc qui ne recouvrent pas la même réalité.
Pour arbitrer, il vous faut le chiffre d’en face : ce que coûte réellement un collaborateur équipé d’un véhicule. C’est ce que produit le module Coûts d’un logiciel de gestion de flotte, avec un TCO par collaborateur qui agrège loyer, carburant, entretien et sinistres à partir des factures de vos fournisseurs. Vous mettez ce montant en regard des indemnités versées sur douze mois, et vous obtenez le seuil de bascule propre à votre parc.
Les indemnités kilométriques ne sont qu’un des postes fiscaux de la mobilité d’entreprise. Malus CO₂, malus au poids, taxes annuelles sur les émissions, amortissements non déductibles, avantages en nature, TVA sur les énergies : chacun de ces dispositifs pèse directement sur le coût de votre parc.
Les experts Winflotte ont réuni l’essentiel dans un guide dédié à la fiscalité du véhicule d’entreprise en 2026.
FAQ - Ce qu'il faut s'avoir
Le barème kilométrique a-t-il été revalorisé en 2026 ?
Non. Les montants sont identiques à ceux de 2024 et 2025. Le dernier relèvement remonte à 2023, à hauteur de 5,4 %.
Repérez la puissance fiscale du véhicule (case P.6 de la carte grise), additionnez les kilomètres professionnels de l’année, identifiez la tranche correspondante, puis appliquez la formule. Ajoutez 20 % si le véhicule est 100 % électrique.
Un salarié en véhicule de fonction peut-il toucher des indemnités kilométriques ?
Non, pas pour ce véhicule. Les indemnités kilométriques ne concernent que l’usage professionnel d’un véhicule personnel.
Les péages sont-ils inclus dans le barème ?
Non. Les péages, le stationnement et les intérêts d’emprunt se remboursent en plus, sur justificatifs. Le carburant, l’assurance, l’entretien et les pneumatiques, eux, sont déjà couverts.
Les indemnités kilométriques sont-elles soumises à cotisations sociales ?
Elles en sont exonérées dans la limite du barème fiscal, à condition de justifier le caractère professionnel des déplacements. Au-delà du barème, le surplus est réintégré dans l’assiette des cotisations.
Comment calculer une indemnité kilométrique ?